Avertissement pour bizzarerie 📖

" Tu dois aller parler avec tes collĂšgues pendant les pauses cafĂ© " ☕

J'ai mis de nombreuses semaines Ă  enfin me dĂ©cider Ă  Ă©crire cet article. Je suis douĂ©e pour raconter tout un tas de choses, en vĂ©ritĂ© j’adore parler, mais c’est plus difficile lorsqu’il s’agit de parler de moi, et quand beaucoup de gens m'Ă©coutent. 

J’ai passĂ© tellement de rĂ©crĂ©ations, dans un coin de la cour, Ă  ne pas m’amuser, mais Ă  rĂ©flĂ©chir, et regarder. J’adorais ça. Toute ma scolaritĂ©, j’ai Ă©tĂ© « un peu bizarre », et surtout invisible, alors que dans ma tĂȘte j’avais une montagne de choses Ă  raconter.

Mes bulletins scolaires portent les mentions "ne participe pas en classe" ou "trop discrÚte" et mon carnet de correspondances des mots tels que "Madame, Monsieur, le professeur de Salomé l'a notée absente, car elle n'a pas répondu à l'appel, mais elle était bien présente, veuillez ne pas tenir compte de l'avertissement d'absence dans son carnet".

J'ai toujours semblé fade, sauf pour les gens qui me connaissaient.

Je suis authentique, passionnĂ©e, et crĂ©ative, et j'ai l’esprit d'entreprise.
Enfants, avec mon frĂšre, on s’amusait, comme beaucoup d’enfants. Il inventait des choses, on les fabriquait, et je les vendais, avec des techniques farfelues qui se trouvent ĂȘtre (maintenant je le sais) des techniques de vente reconnues. On faisait une bonne Ă©quipe, et c’est toujours le cas, puisqu’il m’aide au quotidien pour tenter de lancer mes nombreux projets.

J’ai beaucoup tĂątonnĂ©. C’est simple, j’adore apprendre, j’adore crĂ©er, j’adore entreprendre, j’ai envie de tout faire. Je suis passionnĂ©e par tellement de choses que c'en est vertigineux. Alors j’ai commencĂ© de nombreux projets, sans jamais les terminer, parce que je ne sais pas encore faire ça, de terminer un projet. Entre temps je me passionne pour un autre, puis encore un autre, jusqu’à la fin des temps.

Alors aprĂšs avoir arrĂȘtĂ© mes Ă©tudes de Lettres, parce que je n’arrivais pas Ă  m’y intĂ©resser (Plot Twist, j’ai Ă©crit un livre quelques annĂ©es aprĂšs), j’ai fait plusieurs jobs alimentaires. J'ai notamment Ă©tĂ© baby-sitter pendant dix ans, et AESH dans des Ă©coles, pendant trois.

Tous les jours je m’occupais d’enfants gĂ©niaux, mais parfois difficiles Ă  gĂ©rer. Je prenais soin d’eux autant que je le pouvais et je m’entendais particuliĂšrement bien avec les enfants autistes, ils m’adoraient. Parce que je ne criais pas, et que je parlais tout bas, c’est ce qu’ils disaient.

Mais moi, je n’avais pas le droit d’ĂȘtre moi. Je me faisais convoquer dans le bureau de la directrice, parce que je mangeais seule dans le noir, le midi, et qu’apparemment, ça ne se fait pas, et c’est bizarre.

Vous imaginez ? J'ai reçu un avertissement pour "bizzarerie".

Mon unique instant de rĂ©pit, je n’y avais pas droit, car je devais "me dĂ©tendre"  avec mes collĂšgues de travail. Comment faire comprendre Ă  quelqu'un que les discussions mĂ©langĂ©es, entre trop de collĂšgues, les rires stridents, le bruit de la machine Ă  cafĂ©, et les lumiĂšres criardes de la salle des prof, ça s'apparentait Ă  TOUT sauf Ă  de la dĂ©tente, et que si elle voulait vraiment que je me dĂ©tende, j'allais dĂ©missionner ? 

Toute la journĂ©e je supportais les nĂ©ons des classes, les trajets en bus, le monde, les cris d’enfants dans la cour de rĂ©crĂ©ation, les couleurs agressives et les horribles grincements du gymnase. J’étais Ă©puisĂ©e. Et surtout je ne comprenais pas pourquoi, dans ce contexte de respect des diffĂ©rences des enfants, on me demandait Ă  moi, d’ĂȘtre normale.

Je n’y comprenais rien, parce qu'en fait, ça n’avait aucun sens.


Un jour vraiment trop difficile, je me suis rĂ©fugiĂ©e dans la classe ULIS, aux lumiĂšres douces et aux murs vert amande. La classe ULIS, pleine de six enfants tellement concentrĂ©s sur leur coloriage magique, qu’ils ne m’ont presque pas vue. Je me suis mise dans un coin, mon casque sur les oreilles, et je suis restĂ©e lĂ , des heures, Ă  recharger mes batteries. La professeure m’a alors dit une phrase qui changera tellement de choses : 

" Tu devrais passer des tests, pour l’autisme. Je pense que ça t’aiderait. "

Je m’appelle SalomĂ©, j’ai 25 ans, et j’ai reçu un diagnostique de Troubles autistiques sans dĂ©ficience intellectuelle avec suspicion de TDAH, il y a quelques mois seulement, aprĂšs deux ans d’attente et vingt-cinq ans de questionnements.
(Ps : Merci Anne-Lise)

J'étais un peu chamboulée, mais c'était une bonne nouvelle. Je comprenais mieux qui j'étais.


Alors, je me suis demandée :

  • Qu’est-ce que je pourrais faire de VRAIMENT utile pour le monde ?
  • Quelles sont mes qualitĂ©s ? 
  • Et si je me fabriquais un travail oĂč je peux ĂȘtre moi ?
  • Et si je me fabriquais un travail oĂč c'est encore mieux d'ĂȘtre moi ?
  • Et si j'aidais les enfants qui me ressemblent ? 


C'est en rĂ©pondant Ă  toutes ces questions (c'est un Ă©chantillon, il y en avait environ mille autres mais je vous ai Ă©pargnĂ© ma liste parce que je vous assure, personne ne veut lire une liste de mes questions) que j’ai crĂ©Ă© @Childmood, et pour la premiĂšre fois de ma vie, j’arrive Ă  me concentrer tellement fort sur un projet, qu’il aboutit, pour de vrai 🧡

 

Merci de m'avoir lue, c'est sympa ! ☁

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